Interview de Matthieu Dallon, Président de Ligarena

Matthieu DallonLigarena est une société qui organise depuis 1999 des évènements liés aux sports électroniques en France. Après sept Lan-Arena dont la dernière eu lieu en Juillet 2002 à la grande halle de la Villette à Paris, Ligarena a décidé de voir plus grand et d'organiser une coupe du monde qui se tient en France depuis maintenant deux ans. Lors de notre couverture de l'édition 2005, nous avons pu nous entretenir avec Matthieu Dallon, le président la société.
 

Interview Originale (mp3, 3.58Mo, 6m19)

Vossey.com | Damien : Comment avez-vous réussi après la LAN Arena 7 en 2002, à mettre en place toute cette structure pour organiser notamment les compétitions à l'étranger pour les qualifications ?
Matthieu Dallon :

La LAN Arena 7 avait déjà rassemblé des joueurs qui venaient du monde entier, on avait le clan 79 qui venait des Etats-Unis, on avait beaucoup de clans européens. En fait depuis le début des LAN Arena, l'une des constantes c'était d'avoir des étrangers. Il y avait cyberleagues.org aussi à ce moment-là qui marchait bien à l'étranger et qui catalysait pas mal d'énergie. On avait beaucoup de gens qui voulaient développer Cyberleagues.org dans leur pays qui nous ont contacté. Ce qui nous a poussé à faire la coupe du monde c'est une demande de participation internationale très très forte, et une liste d'attente à l'entrée de la LAN Arena qui était bouclée en une demi-journée.

C'est là qu'on s'est dit qu'il fallait faire des sélections, et ces sélections se sont rapidement transformées en coupe du monde parce qu'on voulait changer le concept, être beaucoup plus visibles au niveau des médias et du grand public et qu'ils puissent nous identifier comme une compétition sportive, pas comme un rassemblement technologique uniquement. Donc on a changé de nom, on a trouvé des partenaires qui pour la première année ont signé une licence avec des engagements, et notamment payer les voyages aux joueurs et champions de leur pays et nous en échange on leur donnait l'exclusivité des qualifications sportives.

C'est comme ça que la première année il y a trente pays qui ont participé aux sélections et ensuite le modèle économique de la société (parce que c'est une société, Ligarena, qui est derrière la coupe du monde) c'est de licencier sa marque, l'ESWC, à des opérateurs dans le monde entier. Et les opérateurs maintenant, achètent cette marque pour organiser les qualifications dans leur pays et ensuite développer leur entreprise, trouver des sponsors nationaux. Ca s'est fait petit à petit, la première année, on a donné les droits, la deuxième année on a commencé à vendre très peu cher, et cette année on a vendu un peu plus cher, mais ça reste encore très abordable vu que les partenaires sont très contents et qu'il y a des sociétés en compétition pour faire les ESWC nationaux. Il y a plusieurs sociétés en Chine, plusieurs sociétés aux Etats-Unis qui sont en compétition pour le faire.

Vossey.com | Damien : Comment attribuez-vous le nombre de places, enfin le nombre d'équipes par pays qui peuvent participer à tel ou tel jeu, par exemple on remarque que les Caraïbes ont deux équipes qualifiées à Counter-Strike alors que l'Angleterre n'en a qu'une seule ?
Matthieu Dallon :

Ça, c'est le choix du partenaire, c'est à dire que dans une license ESWC nationale, il y a un standard, c'est à dire en gros : une équipe CS, trois joueurs en discipline habituelle. C'est un standard. À ce standard, là, on ajoute nous un quota sportif en fonction des résultats, c'est à dire que de base on savait que l'on accorderait deux places au Danemark vu que l'équipe championne de l'édition précédente est danoise, deux places aux États-Unis, ... C'est à dire qu'il y avait certains quotas sportifs : deux places à la France, ... Mais dans une mesure très maitrisée et dans la license, il y a une option qui est valable pour tout le monde qui est de venir avec une deuxième équipe CS. Cette option pour nous elle engendre des moyens, c'est à dire qu'en terme de chambres d'hôtel c'est différent, en terme d'accueil c'est différent donc c'est une option qui s'achète d'une certaine façon, mais c'est pas cher, c'est en gros le prix des chambres d'hôtels pendant une semaine. Tous les pays ont eu le choix de le faire ou pas. On a mis tout le monde sur un pied d'égalité, certains pays l'ont fait, d'autres ne l'ont pas fait. Ça dépend en fait du niveau national, de l'implication de l'opérateur et de la façon dont il a pu trouver des sponsors dans son pays. Si il a pu trouvé des sponsors suffisants, il peut amener deux équipes. Mais il ne pourra pas amener trois équipes par exemple.

Vossey.com | Damien : Pour le futur de la coupe du monde, peut-on envisager qu'elle sera toujours organisée en France ou comptez-vous vous expatrier dans les années à venir.
Matthieu Dallon :

Oui tout à fait, l'objectif maintenant très clair, c'est de voyager avec la coupe du monde, d'aller l'organiser dans des pays étrangers. On y travaille déjà depuis plus d'un an et il y a différentes options qui se dessinent pour l'année prochaine. Alors, évidemment celle de la refaire en France parce qu'il y a eu quand même un succès assez phénoménale ici et je pense que ce sera plus facile niveau sponsoring que ça l'a été l'année dernière. Donc pourquoi pas la refaire en France, mais il y a des marchés beaucoup plus dynamiques, beaucoup plus pressants qui sont près à développer les sports électroniques de façon encore plus rapide, je pense à la Chine, aux États-Unix, au Brésil, donc il y a de très fortes chances pour qu'on aille en Chine dans les deux, trois années qui viennent ou aux États-Unis.

Vossey.com | Damien : On remarque que la plupart des jeux, sauf CS sont exclusivement masculins. Pour CS, il y a un tournoi féminin et un tournoi masculin. Penses-tu qu'on pourra arriver à des tournois mixtes dans les années à venir ?
Matthieu Dallon :

Alors en fait, ça c'est faux, tous les tournois sont mixtes sauf un tournoi qui est exclusivement féminin. Ça c'est la réalité, mais il se trouve que comme tous les tournois sont mixtes et quand au final on ne retrouve que des garçons, on s'est dit qu'on allait faire une discrimination positive et accueillir des filles dans un tournoi spécifique. Mais tout ça c'est fait pour qu'à terme il y ait des filles et des garçons dans les mêmes tournois. Il n'y a aucune raison physiologique, vu que ce sport là fait appel à une dimension très psychologique, cérébrale, d'acuité visuelle enfin des choses qui sont pas fondamentalement différenciées entre l'homme et la femme : ça ne relève pas de l'effort physique. Donc voilà, je pense que pendant encore deux années on va maintenir le tournoi féminin jusqu'à ce que des équipes féminines s'affirment à haut niveau pour finalement ne plus faire de tournoi féminin et accueillir vraiment des tournois mixtes.

Vossey.com | Damien : Et donc une dernière question, ça concerne en fait l'annonce faite hier par Jean-Paul Huchon, le président de la région Ile-de-France sur son implication dans les sports électroniques et notamment sa vision à plus ou moins long terme des sports électroniques aux Jeux Olympiques. Qu'en penses-tu ?
Matthieu Dallon :

Je pense que c'est une très très bonne nouvelle, d'enfin considérer ce sport à la hauteur qu'il mérite. Ça a été un long travail préliminaire de ses conseillers, des acteurs de l'industrie du jeux vidéo sur toute l'Ile-de-France, d'un comité duquel j'avais fait partie au début de l'année, composé de journalistes et de gens impliqués dans le sport électronique, pour faire des dossiers, des lettres. C'est à dire que cette déclaration, c'est l'aboutissement d'un vrai travail de fond qui a été fait auprès des institutions. Ce projet là devait être initialement joint au dossier de candidature de Paris 2012. On a été trop court dans le temps pour le préparer, c'était Octobre-Novembre. Donc ce n'est pas qu'un effet d'annonce, il y aura effectivement une demande d'insertion du jeu vidéo en général ou en tout cas d'un sport numérique aux Jeux Olympiques et c'est évidemment une très grande fierté que ça ait eu lieu sur la scène de l'ESWC.

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